Que dit un conducteur à quatre roues incliné à un conducteur à trois roues incliné lorsqu’il tombe sur lui au bord du lac ? Quelque chose comme : « J’en ai un de plus que toi » ? Nous avons mis à l’épreuve deux modèles récents de multiroues inclinables vendus en Suisse, avec d’un côté la référence du marché, la Piaggio MP3 500 (c’est celle à trois), et de l’autre un challenger d’origine suisse, la Quadro Quattro (ou plus simplement « 4′, pas besoin de préciser le nombre de roues). Cette petite comparaison montre des caractères très différents, même si les deux scooters ont en commun l’idée d’offrir plus de stabilité (et donc de sécurité) à leur guidon que celui d’un deux-roues conventionnel.
Dès les premiers tours de roue, le Quattro (voir notre test) affiche une rigidité bien supérieure à celle de son rival italien. À l’arrêt, il se tient droit tout seul, pratique pour s’installer, moins quand il faut le pousser, et la sensation de sécurité s’impose d’emblée. Face à lui, le MP3 réclame un temps d’adaptation : sa hauteur et son train avant très mobile, combinés à un poids conséquent, surprennent à basse vitesse. Il faut apprivoiser son équilibre, surtout en manœuvre, là où le Quattro inspire confiance sans délai. Mais ce qui peut sembler un inconvénient chez Piaggio devient rapidement une force dans le trafic urbain : cette direction vive se transforme en avantage lorsqu’il s’agit de changer de cap dans la circulation.
Le Piaggio, à droite, n’a qu’une roue à l’arrière. Sur la route, seul le Quattro perd un peu de son assurance sous la barre des 60 km/h : ses suspensions rigides transmettent chaque défaut de la chaussée au guidon, provoquant des oscillations latérales déconcertantes, rien de dangereux mais de quoi perturber les non-initiés. Le MP3, lui, trace sa route sans sourciller, offrant une stabilité qui rassure même sur bitume dégradé.
À l’origine de ces différences : des choix techniques opposés. Piaggio fait appel à des ressorts et un parallélogramme à l’avant, tandis que Quadro mise sur des pistons hydrauliques pour gérer l’inclinaison sur ses deux axes. Sans oublier, bien sûr, que deux roues à l’arrière modifient radicalement le comportement dynamique.
Contrôle de traction et ABS pour Piaggio, différentiel chez Quadro Mais la réputation du Quattro pour son côté rassurant ne doit pas faire oublier l’agilité inattendue du MP3. Malgré sa largeur, il se faufile aisément et change de direction avec une facilité surprenante pour un scooter à trois roues. Les deux engins autorisent des prises d’angle impressionnantes (plus de 40 degrés) en toute confiance, et sur route mouillée, ils limitent les mauvaises surprises : on glisse, mais la chute reste rare. Le freinage est couplé avant/arrière sur les deux modèles, commandé à la pédale et à l’un des leviers sur le MP3, et via l’autre levier sur le Quattro.
Le MP3 500 peut parfaitement s’aventurer hors des sentiers battus pour une balade champêtre. Il bénéficie de l’ABS et d’un antipatinage débrayable qui sécurise les accélérations, un vrai plus sur revêtement glissant. De son côté, le Quattro innove avec un différentiel inédit sur un véhicule inclinable : assez pour envisager de s’échapper de l’asphalte… sans jouer les casse-cou pour autant.
Arrêt sans poser le pied : deux philosophies La comparaison devient croustillante lorsqu’il s’agit de s’arrêter sans toucher le sol. Les deux scooters le permettent, mais chacun à sa manière. Sur le Quadro, les suspensions hydrauliques font office de béquille : il suffit de freiner pour figer le scooter en position droite. Tant que la pression sur les freins est maintenue, l’engin reste stable. Besoin de corriger l’équilibre ? Un petit mouvement du bassin suffit pour ajuster, le tout de façon naturelle et agréable.
Le Piaggio, lui, mise sur un verrouillage électronique de l’inclinaison. Sous une certaine vitesse, il suffit de freiner puis d’actionner un bouton au guidon pour bloquer le train avant. L’habitude vient vite, mais la prise en main demande un peu plus d’attention. Les deux scooters disposent également d’un frein à main pour l’arrêt prolongé, celui du Quattro étant d’un usage moins intuitif. À noter : le MP3 propose aussi une béquille centrale, qui rassure lors des stationnements prolongés.
Le coffre du Quadro, s’il est bien conçu, reste limité en volume. Sur ce point, le MP3 prend l’avantage : son moteur plus puissant et nerveux se ressent au démarrage, où il distance systématiquement le Quattro, malgré un poids supérieur. Le Piaggio vibre moins également, et son coffre généreux sous la selle permet d’y loger deux casques intégraux, là où le Quadro doit se contenter de l’espace sous le siège passager.
Côté confort, l’écart se réduit. Les quatre roues absorbent mieux les aspérités, sans doute car l’amortisseur arrière du Piaggio a tendance à durcir. Ce phénomène était moins marqué sur les versions antérieures (avant 2015). La précharge des suspensions peut être réglée sur quatre niveaux avec l’outil adapté. Chez Imperadori à Lausanne, on précise que les suspensions, assez fermes à l’état neuf, s’assouplissent après environ 2000 km. Les selles, elles, sont accueillantes pour pilote et passager, même si embarquer un compagnon demande un peu d’agilité à cause de la hauteur et de la largeur du siège.
Les commandes tombent bien sous la main dans les deux cas. En revanche, l’interface du MP3 se montre plus complète et accessible : navigation dans les menus simplifiée, affichage d’alertes (comme le risque de gel), et deux modes de conduite au choix grâce à l’accélérateur électronique : normal ou ECO, ce dernier permettant de réduire la consommation de 10%.
Permis automobile suffisant pour la Quadro Quattro
Le grand atout du Quattro : son accessibilité. Pour un tarif légèrement inférieur à celui du Piaggio, il se conduit avec un simple permis B (voiture), une première en Suisse pour ce type de véhicule, même si d’autres pays européens l’acceptaient déjà. Le MP3 500, lui, exige un permis moto A. En échange, il offre un moteur plus puissant, un espace de rangement plus vaste, un catalogue d’accessoires étoffé et la possibilité de connecter son smartphone (iOS ou Android) au scooter : navigation GPS, contrôle de la pression des pneus, affichage en temps réel de l’angle d’inclinaison, géolocalisation du revendeur… L’utilité de certaines fonctions reste discutable, mais l’écosystème s’enrichit rapidement. Et si le MP3 compte une roue de moins, il compense par une prise supplémentaire pour accessoires !
Piaggio MP3 500 ABS-ASR, 10195 francs, disponible en blanc ou en noir. Quadro Quattro, 10950 francs, proposé en rouge, blanc, gris ou noir.
Fiches techniques
Piaggio MP3 500 ie
Moteur monocylindre MASTER 493 cm³, 4 temps, refroidissement liquide, simple ACT, 4 soupapes, injection électronique et accélérateur électronique. Alésage x course : 94 mm x 71 mm. Allumage : double, électronique. Deux cartographies d’injection : Normal et Eco. Antipatinage ASR déconnectable. Embrayage centrifuge automatique. Transmission CVT.
Partie cycle, cadre, dimensions et poids Cadre double berceau en acier haute résistance. Suspension avant : quadrilatère articulé, deux ressorts hydrauliques combinés avec dispositif de verrouillage électro-hydraulique, course : 85 mm. Suspension arrière : deux combinés amortisseur-ressort réglables (4 positions), débattement : 108 mm. Freinage : deux disques avant de 258 mm, un disque arrière de 240 mm. Jantes : 3 x 13 » à l’avant, 4,5 x 14 » à l’arrière. Pneus Michelin City Grip : 110/70 à l’avant, 140/70 à l’arrière. Dimensions : 2205 x 775 x 1405 mm. Empattement : 1540 mm. Hauteur de selle : 790 mm. Poids tous pleins faits : env. 280 kg.
Performances et consommation Puissance max : 40,1 ch (29,5 kW) à 7 250 tr/min. Couple max : 45,5 Nm à 5 000 tr/min. Vitesse max : env. 145 km/h. Réservoir : 12 l. Consommation mesurée : 5 l/100 km en mode normal, 4,8 l/100 km en mode ECO. Autonomie annoncée : 240 km (normal) ou 250 km (ECO).
Disponibilité, couleurs, prix, accessoires et options Disponible en blanc ou noir pour 1195 francs. Accessoires : chauffe-jambes, poignées chauffantes, Piaggio Multimedia Platform (connexion smartphone, contrôle pression pneus), tablier, housses, gamme de casques.
Quadro 4
Propulsion Moteur monocylindre, 4 temps, 4 soupapes, refroidissement liquide, 346 cm³, ACT simple. Alésage x course : 82 x 65,5 mm. Injection électronique, démarrage électrique. Embrayage centrifuge à sec, transmission primaire automatique par variateur (CVT) et différentiel. Transmission finale par double courroie.
Partie cycle, cadre, dimensions et poids Cadre tubulaire acier. Suspensions : HTS (Hydraulic Tilting System), oléopneumatiques avant et arrière. Freins : hydrauliques, quatre disques de 240 mm, freinage couplé levier/pédale gauche, frein avant levier droit. Jantes : 2,75 x 14 » (avant et arrière). Longueur : 2180 mm. Largeur : 800 mm. Hauteur : 1340 mm. Hauteur de selle : 770 mm. Angle de braquage : 19°. Angle d’inclinaison max : 45°. Poids : 257 kg à sec (268 kg tous pleins faits). Pneus hiver Heidenau : 110/80 x 14 ».
Performances et consommation Puissance max : 30 ch (22,1 kW) à 7 500 tr/min. Couple max : 24,5 Nm à 5 000 tr/min. Vitesse max : env. 140 km/h. Réservoir : 15 l. Consommation mesurée : 4,56 l/100 km. Autonomie annoncée : 330 km.
Disponibilité, couleurs, prix, accessoires et options Disponible immédiatement en rouge (« Swiss Red »), blanc, gris ou noir. Prix : 10 950 francs. La gamme d’accessoires sera dévoilée lors du salon EICMA de Milan à la mi-novembre 2015.
Choisir entre ces deux scooters, c’est trancher entre deux philosophies : sportivité nerveuse ou sérénité sur quatre appuis. Au bout du compte, le choix se joue sur vos priorités. À chacun sa route, à chacun sa façon de dompter le bitume.




